platelage caillebotis sur le terrain des Essences à La courneuve
CJ

Interview · À la rencontre de

LE TERRAIN DES ESSENCES

Charlotte BEAU YON DE JONAGE

Cheffe de projet Agence TER

LA COURNEUVE, 93

Date de l'interview

21 mai 2026

Le projet du Terrain des Essences améliore la qualité de vie en étendant le parc Georges-Valbon avec un espace accessible, inclusif et connecté aux transports. Il propose des équipements adaptés à tous, tout en préservant les milieux grâce à des cheminements maîtrisés et des zones protégées. Ancien site pollué, il a été dépollué in situ, favorisant les espèces locales et la biodiversité, dans une approche où l’aménagement s’adapte aux dynamiques du vivant.

Quels sont les objectifs principaux de cet aménagement en termes de qualité de vie ?

Le Terrain des Essences agrandit le parc Georges-Valbon, plus grand espace de nature de Seine-Saint-Denis, site classé Natura 2000. Accessible depuis le parc existant et en immédiate proximité de la gare T11 Dugny–La Courneuve, ce nouveau secteur s’ouvre aux riverains comme aux habitant·e·s des communes desservies par le tram-train. Une aire de jeux très qualitative, dominée par un toboggan installé en belvédère, a rapidement trouvé son public. De nombreux équipements y sont accessible pour toutes et tous, favorisant l’inclusion des enfants en situation de handicap. Le skatepark, conçu par un spécialiste, en concertation avec la fédération de skate de Seine-Saint-Denis, a été dessiné au plus près des usages et pour tous les niveaux de pratique.

En progressant vers le nord, la nature devient plus présente et une zone est volontairement interdite d’accès pour permettre le développement de la biodiversité. Un platelage surélevé guide les cheminements, évite le piétinement des végétaux et limite les dérangements pour la faune. Un observatoire permet de contempler le site et d’observer discrètement la faune et la flore de ce secteur nord. Ancien terrain militaire miné et pollué, le Terrain des Essences se transforme ainsi en véritable refuge climatique, à la fois pour la biodiversité et pour les humains.


Quels impacts écologiques cet aménagement vise-t-il à minimiser ou améliorer ?

Base militaire abandonnée en 2022 et polluée aux hydrocarbures, le site a fait l’objet d’une dépollution lourde menée par le Département en 2021‑2022, en se substituant à l’État. Sur 37 000 m³ de terres excavées, 34 000 m³ ont été traités sur place par biopiles : les terres amendées de compost sont disposées en andins de 3 m de haut, bâchées et ventilées. Les polluants y sont dégradés par des bactéries et des champignons, les andins étant retournés tous les deux mois pour accélérer le processus. Les terres issues du chantier du village des médias des JO à Dugny ont également été traitées sur site, limitant les circulations de camions. Ce traitement in situ a permis de gérer la pollution sans la transférer vers d’autres territoires et de préserver la qualité des nappes phréatiques.

Le site abrite le crapaud calamite, espèce intégralement protégée. Avant les travaux, des écologues ont réalisé des inventaires participatifs avec des habitant·e·s volontaires et organisé la migration des crapauds vers une zone naturelle. Des mares ont été créées pour les accueillir, tandis que les eaux pluviales sont intégralement gérées sur place par un réseau de noues et de zones humides. Les végétaux plantés sont des espèces endémiques, favorables à la biodiversité et à l’accueil des oiseaux. Des arbres dévitalisés sont installés en totems pour favoriser le développement des insectes et offrir des refuges aux petits mammifères. Les prairies ne sont fauchées qu’une fois par an, dans une logique de gestion très extensive.

Quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?

Le principal défi a été le calendrier : l’opération a dû être menée à un rythme très soutenu pour préparer le site aux épreuves de tir des Jeux de Paris 2024. Bien que celles-ci aient finalement été déplacées à Châteauroux, la contrainte temporelle est restée forte.

Nous avons également repensé l’accueil du public afin de préserver les milieux. Un parcours suspendu au-dessus des prairies fleuries a été conçu, complété par des périodes de fermeture pour favoriser la biodiversité. Un observatoire en bois canalise les flux tout en offrant des vues sur la faune, la flore et le paysage, sans perturber les équilibres.

La présence d’espèces protégées a constitué un autre enjeu majeur, nécessitant un important travail pédagogique auprès des entreprises : installation de clôtures à batraciens, dispositifs spécifiques pour le crapaud calamite… autant de pratiques encore peu répandues.

Le choix d’essences locales a guidé les plantations, même si certaines ont été concurrencées par des typhas spontanés dans les bassins, rappelant la capacité du vivant à s’imposer. Enfin, les prévisions hydrauliques ont été déjouées : le sud s’est révélé plus humide que le nord.

Ce projet confirme une évidence : aménager, ce n’est pas maîtriser, c’est composer avec le vivant — et accepter qu’il puisse avoir le dernier mot.

Acteurs

Maîtrise d'ouvrage

DÉPARTEMENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS

Maîtrise d'œuvre

AGENCE TER / INGEROP / INDDIGO ECOLOGUE / FEST ARCHITECTURE skate-park /// Marché de dépollution en amont de la mission : IDDEA dépollution

Le projet

Date de réalisation

1 janvier 2024

Coût

Coût 15,36 M€ HT (y compris dépollution)

Superficie

13 ha

Localisation

LA COURNEUVE

93