Les chênes séculaires parfois plantés par le Duc d’Aumale montrent des descentes de cimes, signe avant-coureur de leur mort annoncée. Les invasives comme les budleias progressent sur les gestions en coupes rases. Autour de ces coupes, les arbres alors en plein soleil s’assèchent. Les hannetons mangent les jeunes pousses de la forêt qui essaie de se régénérer, leurs larves s’attaquant goulument aux racines. Températures élevées, déficit hydrique continuent d’affaiblir les sujets année après année. Le constat est triste et unanime, les forêts de Chantilly, d’Halatte et d’Ermenonville se meurent. Plusieurs associations dont celle présidée par Jean-Charles Bocquet, l’APFHEC, souhaitent prendre à revers la fatalité. Ces bénévoles amoureux de leur forêt se sont unis pour travailler avec le propriétaire de la forêt, l’Institut-de-France, le PNR Oise Pays de France et l’INRAE sur des protocoles expérimentaux de régénération de la forêt. En premier lieu, les bénévoles ont permis de cartographier l’état pédologique du site. Ce sont 26.000 trous qui ont été réalisés à la tarière, avec un prélèvement tous les 70ml, pour envoi en analyse de sol. « En janvier 2021, nous avons planté 1000 sujets en SMCC, c’est-à-dire Sylviculture Mélangée en Couvert Continu » indique Jean-Charles. Par tirage au sort quant aux emplacements, différentes variétés de feuillus et de conifères ont été plantées en poquets (cinq à six sujets plantés en groupe et éloignés d’environ un mètre). Les essences choisies sont variées, en prenant également des essences présentes dans le Sud de la France. « Le climat de la région parisienne sera celui d’Albi, de Toulouse en 2050, donc nous plantons des arbres qui poussent là-bas dans la forêt de Chantilly pour voir comment ces espèces évoluent ». Jean-Charles Bocquet nous montre alors une plantation de Pins maritimes très vigoureux par rapport aux Pins sylvestre ou Pins d’Alep.


Interview · À la rencontre de
MASSIF FORESTIER DE COYE LA FORET
Jean Charles BOCQUET
Conseiller Municipal de Saint Witz et Président de l’Association APFHEC / Amis du Parc et des Forêts d’Halatte, d’Ermenonville et de Chantilly
COYE LA FORET, 60
Date de l'interview
18 février 2025
Les forêts de Chantilly, d’Halatte et d’Ermenonville souffrent du changement climatique, avec des températures élevées et un déficit hydrique affaiblissant les arbres. Face à ce constat, l’APFHEC et d’autres associations se mobilisent avec l’Institut de France, le PNR Oise Pays de France et l’INRAE pour expérimenter la régénération forestière. En janvier 2021, 1000 arbres ont été plantés selon la Sylviculture Mélangée en Couvert Continu, testant des essences adaptées au climat futur.
Quels sont les objectifs principaux de cet aménagement en termes de qualité de vie ?
Quels impacts écologiques cet aménagement vise-t-il à minimiser ou améliorer ?
Chaque année, les bénévoles font une analyse soignée des différentes plantations réalisées. Ils pratiquent également le dégagement des genets et des ronces autour des jeunes sujets afin de leur laisser de l’espace pour pousser. Les sujets sont mesurés, leur forme et leur volume décrits. Nous remarquons que les chênes caducs plantés sont en difficulté alors que les Chênes verts se portent bien. L’étude va durer dix ans, temps nécessaire pour offrir des données consolidées et de long terme. La parcelle qui est étudiée est en enclos, empêchant les animaux d’impacter les jeunes pousses. Une autre parcelle à côté est en ex-clos, et ce pour étudier la même chose mais avec des sujets en conditions réelles de vie en forêt. Environ 50% des populations disparaissent sur la parcelle en exclos, ayant servi de déjeuner aux cerfs ou impactées par le passage des sangliers. Le protocole permet de présager la forêt de demain, de voir comment la conduire en excluant les coupes rases qui sont nocives pour son renouvellement, de définir quelles sont les meilleures essences adaptées aujourd’hui au dérèglement climatique.
Quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?
La mobilisation des bénévoles est un défi permanent. C’est en créant de bonnes conditions de travail que le dispositif séduit de plus en plus de volontaires. Aujourd’hui, sur le modèle du « woofing », l’association développe du « wooding » : à proximité des chantiers, permettre aux bénévoles de dormir sur place dans des fermes en échange de quelques heures de travail. En plus des expérimentations conduites avec l’INRAE, les bénévoles entretiennent la signalétique de la forêt, des numéros de parcelles aux grands poteaux historiques. L’APFHEC est également présente dans les instances du PNR, travaille en étroite collaboration avec le Parc Naturel pour le renouveau de la forêt et accueille sur site des étudiants, des scolaires. Depuis 2020, ce sont 2200 journées de travail que les bénévoles ont offert à la forêt ! Un bel exemple d’empowerment à suivre ! Retrouvez les bénévoles sur https://apfhec.fr/
Acteurs
Maîtrise d'ouvrage
INSTITUT DE France
Maîtrise d'œuvre
Association APFHEC PNR Oise Pays de France INRAE
Le projet
Date de réalisation
9 janvier 2021
Superficie
1ha
Localisation
COYE LA FORET
60