Immédiatement sous les fenêtres des habitant·e·s, un parking aux usages problématiques — mécanique sauvage, rodéos, nuisances sonores nocturnes — générait de fortes nuisances. Pour y remédier, l’OPH a choisi de le fermer et de le transformer à moindre coût en jardin. Le bitume a été cassé, la dalle parfois soulevée. Le maître d’œuvre WAGON LANDSCAPING, à l’origine de ce projet original, a mené les travaux en apportant 38 m³ de terre et 15 m³ de graviers. Sans décaissement complet, la terre a été nappée sur 3 cm et poussée dans les interstices au balai. Mille vivaces, cent arbres et arbustes ont été plantés, des semis réalisés, puis la nature a pris le relais. Si la perte du stationnement a d’abord fait râler, les habitant·e·s croisés sur place se disent aujourd’hui ravi·e·s du changement. Une ligne de sumacs de Virginie dialogue avec les anciens candélabres, tandis que bouleaux et paulownia donnent de l’épaisseur au paysage. Dans les fissures, thyms, euphorbes, géraniums et plus de 150 espèces composent un jardin de rocailles étonnant, qui s’ouvre sur le quartier de la Maladrerie tel un arboretum. L’espace est superbe à la belle saison, lorsque les vivaces fleurissent. L’hiver, plus austère, manque de persistants. Jardin contemplatif pour l’instant, une allée permettrait d’y déambuler et de profiter pleinement de cette nature retrouvée.


Interview · À la rencontre de
LE JARDIN JOYEUX
Zakia BOUZIDI
adjointe au Maire de la Ville d’Aubervilliers
AUBERVILLIERS, 93
Date de l'interview
10 avril 2025
Le Jardin Joyeux, né de la reconversion d’un parking problématique, est un exemple de sobriété écologique et financière (moins de 21 €/m²). Sans export de déblais, avec peu d’apport en terre, il fonctionne sans arrosage. Ce jardin sec sur dalle accueille une riche biodiversité végétale et s’adapte au climat. S’il a d’abord surpris, il est aujourd’hui apprécié pour sa végétation libre, son ambiance poétique et son impact positif sur le quartier.
Quels sont les objectifs principaux de cet aménagement en termes de qualité de vie ?
Quels impacts écologiques cet aménagement vise-t-il à minimiser ou améliorer ?
Moins de 21€ le m2 ! Le Jardin Joyeux est exemplaire en matière de sobriété financière et écologique. Il interroge les pratiques courantes d’aménagement : exportation massive de déblais, importation de terre végétale, métabolisme urbain déséquilibré. Trop souvent, la ville expulse ses déchets vers la campagne tout en en extrayant ses ressources. Ici, aucun matériau n’a été exporté, et seule une faible quantité de terre a été apportée : juste ce qu’il fallait. La question de l’eau est aussi centrale. Un seul arrosage a eu lieu, à la fin d’un chantier éclair de cinq jours. Un jardin sans eau ? Je n’aurais pas cru cela possible. Pourtant, ce printemps, la couverture végétale est déjà bien verte ! Reste à s’interroger sur l’adaptation au changement climatique. Le jardin est sur dalle, il fonctionne comme un jardin sec. Peut-il vraiment rafraîchir l’air ambiant ? L’évapotranspiration y est faible, donc l’effet de climatisation naturelle reste limité. Mais sa présence végétale, sa capacité à infiltrer localement l’eau de pluie, à créer de l’ombre, à apaiser le regard et l’atmosphère, en font un modèle précieux à explorer pour une ville plus résiliente. Il accueille aussi les lézard des murailles et de nombreux insectes.
Quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?
Au départ, le projet a suscité de l’incompréhension chez les riverain·e·s. C’est la présence régulière du maître d’œuvre qui a permis d’expliquer, de raconter, d’installer le projet dans les esprits. On comprend à quel point la communication est essentielle pour qu’un lieu soit compris et approprié par ses usagers. De 2007 à 2021, WAGON LANDSCAPING a assuré l’entretien du Jardin Joyeux, assurant une gestion fine, presque artisanale, de cette friche jardinée. Une attention sur mesure qui a permis de préserver l’équilibre du lieu, entre spontanéité végétale et intention paysagère. Aujourd’hui, ce suivi n’a plus lieu, et l’on craint que la friche ne se referme, que le dessin du jardin sec disparaisse. Le panneau explicatif, autrefois précieux pour comprendre la richesse du site et nommer les plantes, est devenu illisible. Il mériterait d’être remplacé par une nouvelle signalétique, à la hauteur de cette histoire singulière. Car le Jardin Joyeux n’est pas une friche comme les autres : c’est un lieu de biodiversité, d’invention, de poésie urbaine. Redonner à voir et à lire ce patrimoine végétal permettrait à chacun·e d’en découvrir les pépites, et de continuer à s’émerveiller.
Acteurs
Maîtrise d'ouvrage
OPH D’AUBERVILLIERS
Maîtrise d'œuvre
WAGON LANDSCAPING
Le projet
Date de réalisation
1 janvier 2017
Coût
35.000 euros HT
Superficie
1.700 m2
Localisation
AUBERVILLIERS
93