Ecoquartier fluvial de l'Ile-Saint-Denis
PM

Interview · À la rencontre de

ECOQUARTIER FLUVIAL

Philippe MONGES

adjoint au Maire à l’Urbanisme de L’Ile Saint Denis, Vice Président de Plaine Commune

L’ILE SAINT DENIS, 93

Date de l'interview

16 avril 2025

L’écoquartier de L’Île Saint Denis relie le sud au centre ville, valorise les berges de Seine et propose un cadre de vie apaisé, piéton et végétalisé. Il intègre une forte ambition environnementale : matériaux biosourcés, gestion des eaux pluviales, réemploi et centrale photovoltaïque mutualisée. Une base nautique est en projet, avec un site de baignade prévu. Malgré de fortes contraintes initiales, le quartier devient un lieu agréable à vivre, durable et ouvert sur le fleuve.

Quels sont les objectifs principaux de cet aménagement en termes de qualité de vie ?

Pour tous les habitants de L’Île-Saint-Denis, l’écoquartier a permis de reconnecter le quartier sud au centre-ville, tout en réaménageant le quai du Châtelier le long de la Seine avec des pistes cyclables continues. Au nord de l’écoquartier, un parc de 1,4 hectare verra bientôt le jour. Le petit bras de Seine est désormais accessible via une promenade appréciée des premiers résidents. La passerelle Louafi Bouguera, construite pour les Jeux Olympiques, relie directement le quartier à la gare Pleyel à Saint-Denis, facilitant les déplacements. Pour les habitants de l’écoquartier, le principal atout est la piétonnisation totale de l’îlot. Deux centrales de mobilité, situées au nord et au sud, offrent des services de stationnement et un accès à l’autopartage via un système d’abonnement. Cela limite fortement le nombre de véhicules à garer et contribue à un cadre de vie apaisé. La commune porte également un projet de base nautique sur le petit bras de Seine. Deux des quatre sites retenus pour la baignade en Seine-Saint-Denis se situent sur l’île : l’un à la limite du parc départemental, l’autre au cœur de l’écoquartier fluvial. Ces aménagements renforcent le lien entre les habitants et leur fleuve, et ouvrent la voie à un usage renouvelé et partagé de la Seine.

Quels impacts écologiques cet aménagement vise-t-il à minimiser ou améliorer ?

Les produits de démolition des anciens magasins Lafayette, qui occupaient le site avant l’écoquartier fluvial, ont été évacués par voie d’eau, limitant ainsi l’impact carbone. Les ambitions environnementales sont fortes : les bâtiments privilégient les matériaux biosourcés, notamment le bois. Une centrale photovoltaïque mutualisée a été installée sur la première centrale de mobilité ; chaque constructeur y a contribué en fonction du nombre de logements réalisés. Tous les logements bénéficient d’espaces extérieurs : balcons, loggias ou terrasses partagées. Les balcons, larges d’au moins 1,80 m, permettent un usage convivial. Les cœurs d’îlots sont très végétalisés. 100 % des eaux pluviales sont gérées à ciel ouvert dans l’espace public, avec rejet en Seine seulement si nécessaire. De grands caniveaux, assurent la circulation de l’eau et participent au rafraîchissement urbain. Ces caniveaux ont été plantés en phase 2. De vastes bassins ouverts collectent les eaux. L’un d’eux, situé en phase 2, est accessible au public : le talus nord, très pentu, est densément végétalisé ; le talus sud, enherbé, offre un lieu de détente en plein air. Le réemploi est également valorisé dans les espaces publics, avec l’usage de pavés de récupération. La circulation automobile est fortement limitée : seul le quai du Châtelier reste ouvert, ce qui réduit bruit et pollution. Un mur antibruit installé par l’État sur le franchissement de l’autoroute contribue à apaiser durablement le quartier.

Quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?

C’est un projet de longue haleine, porté par une ambition claire : faire de cet écoquartier un lieu agréable à vivre, aujourd’hui comme demain. Cela suppose de ne jamais perdre de vue l’essentiel, tout en portant une attention constante aux détails, ces petits riens qui font toute la différence au quotidien. Nous avons tenu à y affirmer une empreinte locale forte, notamment à travers la base nautique : imaginer la baignade en Seine dans un avenir proche est un pari audacieux, qui dépasse notre seule volonté. Le réemploi, enjeu central, se heurte à des contraintes logistiques fortes : sans espace de stockage suffisant, difficile d’anticiper les besoins et de mobiliser les bons matériaux au bon moment. Concevoir un écoquartier sur un site marqué par de telles contraintes – autoroute en surplomb, pollution des sols, lignes à haute tension – est un défi majeur. Grâce au projet du village des athlètes, les lignes ont pu être enfouies et les terres, soit dépolluées, soit confinées. Un mur antibruit permet d’atténuer la présence de l’autoroute. Restaurer l’habitabilité d’un tel territoire exige une mobilisation permanente, une vigilance collective et une volonté inébranlable.

Acteurs

Maîtrise d'ouvrage

SEM PLAINE COMMUNE DEVELOPPEMENT

Maîtrise d'œuvre

Phase 1 : INUIT mandataire avec OTCI, VRD / SINBIO, Génie végétal et hydraulique / Scène Publique, Concepteur lumière / Barrault & Pressacco, Architectes

Le projet

Date de réalisation

23 mai 2026

Coût

Réalisation Phase 1 : 2024

Superficie

Phase 1 : 12,5 M€ HT

Localisation

L’ILE SAINT DENIS

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