Parc des Buttes Chaumont
EC

Interview · À la rencontre de

PARC DES BUTTES CHAUMONT

Elisabetta CEREGHINI

Architecte Paysagiste Conceptrice Historienne de la Culture du Paysage

PARIS, 75

Date de l'interview

25 septembre 2026

Créé au XIXe siècle pour offrir à la population un lieu de respiration, le parc des Buttes-Chaumont a été requalifié en retrouvant la dynamique des tracés conçus par l’équipe d’Alphand (1863–1867). Avenues, chemins et sentiers ont été restitués dans leurs courbes et volumes initiaux, avec un revêtement adapté pour un sol confortable. Les trottoirs hérités des voitures à cheval ont été supprimés au profit de la promenade piétonne. L’hydraulique a été refondue en circuit fermé : l’eau du bassin est réinjectée dans la cascade, réduisant les prélèvements d’eau brute et renforçant la biodiversité. La remise en eau de la rivière et de la cascade de la grotte crée des espaces frais, précieux en canicule, le parc étant ouvert la nuit lors des fortes chaleurs. Le travail a porté sur l’ensemble du parc, sauf le lac et l’île du rocher. Un diagnostic approfondi des rusticages et rocaillages a permis de définir un cahier des charges précis, en conciliant conservation historique et sécurité du public. Le choix des matériaux, dimensions et suppressions s’inscrit dans le vocabulaire historique du parc tout en répondant aux usages actuels.

Quels sont les objectifs principaux de cet aménagement en termes de qualité de vie ?

Créé sous Napoléon III avec d’autres jardins, squares et promenades publics, le Parc des Buttes Chaumont répondait à une volonté sociale : offrir à la population des lieux de récréation et de respiration face à la pollution des usines au charbon. Progressivement enrichi en plantations, il poursuit un objectif de santé physique et mentale. Le plan du parc repose sur des parcours variés : avenues, chemins, sentiers, vallées. Le relief permet de créer des emmarchements qui, avec les courbes créent du mouvement et multiplient les points de vue, sources de plaisir pour le promeneur.

La requalification vise à retrouver la dynamique des tracés conçus entre 1863 et 1867 par l’équipe d’Alphand. En supprimant les obstacles et en rétablissant les courbes initiales, elle permet d’emprunter aujourd’hui tous ces chemins à différentes échelles, en réinvestissant les vues intérieures comme les perspectives sur la ville.

Pour un sol confortable à la course, le revêtement Heliocol de Colas a été mis en œuvre. C’est l’une des premières utilisations de ce matériau après le Château de Versailles. Les bancs sont mieux implantés, les trottoirs sont supprimés : tout l’espace est rendu à la promenade piétonne.

Quels impacts écologiques cet aménagement vise-t-il à minimiser ou améliorer ?

L’eau qui alimente les rivières, cascades et lac du parc rejoignait  après usage, le réseau d’eaux usées pour être traitée en station d’épuration. Envoyer en traitement de l’eau brute constitue un gaspillage majeur de ressource et d’énergie.

Les travaux ont consisté à refondre toute l’hydraulique du parc en mettant en place un circuit fermé : l’eau du lac est désormais réinjectée dans la cascade, ce qui réduit considérablement les prélèvements d’eau brute. L’eau résiduelle est orientée vers le réseau d’eaux pluviales. Ce nouveau parcours améliore aussi l’oxygénation de l’eau et renforce la biodiversité du parc des Buttes-Chaumont, tant pour les espèces animales que pour le cortège végétal, notamment dans la zone centrale du lac.

La remise en eau de la rivière et de la grotte permet, au-delà de la végétation, de créer des espaces frais, particulièrement précieux en période de canicule. Le parc est d’ailleurs ouvert la nuit lors des épisodes de forte chaleur, afin d’offrir aux Parisiennes et Parisiens des îlots de fraîcheur accessibles.

Nous sommes intervenus sur l’ensemble du parc, à l’exception du lac et du rocher. Dans le projet actuel de restauration de la partie centrale du parc sur lequel j’ai participé à l’élaboration du cahier des charges, il est prévu d’ajouter des îles végétalisées et des boudins plantés, afin de compenser la suppression des berges végétalisées au pied du rocher et de retrouver l’effet historique où la falaise « tombe dans l’eau ». Ce paysage a été conçu par Alphand à l’image d’«Étretat», pour celles et ceux qui ne pouvaient pas se rendre en Normandie.

Quels défis avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?

Avant d’aborder le dessin de restauration, un travail de documentation colossal a été mené sur le parc. Une recherche spécifique a porté sur les parcours et les différentes largeurs de voies. Des chemins ayant été ajoutés au fil du temps, il a fallu les dater précisément pour choisir entre suppression ou conservation avec requalification.

Le diagnostic sur l’état de conservation des rusticages (balustrades en ciment faux bois) a été particulièrement lourd. Il n’existe pas d’équivalent ailleurs. Une quantité incroyable d’éléments a dû être identifiée, nommée, diagnostiquée, puis traduite en un cahier des charges d’intervention pour leur restauration. Ce travail a été complexifié par les échanges avec les Architectes des bâtiments de France. Sur le rocaillage (escaliers, faux rochers), l’intervention a été plus simple, des travaux ayant déjà été menés sur le sujet.

Comment mettre aux normes, ou obtenir des dérogations, pour conserver des éléments historiques dans leur état ? Comment assurer la sécurité du public sans dénaturer les ouvrages ? Pour prévenir l’effet d’échelle, les balustrades le nécessitant ont été équipées de filets inox. Pour limiter les risques de chute, la végétation a parfois été utilisée comme mise à distance. Dans certains cas, d’autres dispositifs, comme des clôtures complémentaires, ont été ajoutés pour garantir la sécurité.

Autre défi : le lot plantation a été repris en régie, sur les limites d’intervention autour des circulations. La non‑maîtrise totale du sujet a nécessité de multiples allers‑retours avec de nombreux interlocuteurs, avec des limites d’intervention parfois floues entre entreprise et régie, entraînant des chevauchements.

Le projet a exigé un travail très fin pour définir un vocabulaire cohérent dans le choix des matériaux et des dimensions, et pour supprimer les trottoirs qui devaient correspondre aux usages actuels tout en s’inscrivant dans le langage historique du parc. Par exemple, les caniveaux doivent capter l’eau et dessiner un cheminement hydraulique sans recourir à des matériaux trop durs. Les pavés ont été retenus pour rappeler le rocaillage. Les ourlets de terre connexes aux cheminements, cachent les allées depuis les lointains. L’aboutissement des principes mis en œuvre pour la requalification a été un processus lent, issu de recherches et de concertations entre de nombreux acteurs, gage de réussite : aujourd’hui, le parc semble avoir toujours ressemblé à cela.

Acteurs

Maîtrise d'ouvrage

Ville de Paris / DEVE

Maîtrise d'œuvre

ARCADIS / HYDRATEC / Agence Yves DESHAYES Paysagiste D.P.L.G. / Elisabetta CEREGHINI Architecte Paysagiste Historienne

Le projet

Date de réalisation

1 janvier 2017

Coût

11.950.000 € HT

Superficie

24,75 ha

Localisation

PARIS

75